Economie

Sanofi Pasteur montre ses muscles avec un gros investissement industriel au Canada

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Written by Paul Laurent

Sanofi Pasteur a fait étalage de sa puissance jeudi en prévoyant d’agrandir pour 350 millions d’euros son usine de Toronto, son plus important projet industriel depuis 2009 avec le site de son vaccin contre la dengue, aujourd’hui en pleine tourmente.

La nouvelle unité de production qui sera construite dans la plus grande métropole canadienne est destinée à répondre principalement à une demande croissante dans le monde de vaccins pédiatriques composés des cinq antigènes anti-coquelucheux, selon un communiqué.

Ce nouveau bâtiment, qui doit être livré en 2021, sera également équipé pour produire des antigènes entrant dans la fabrication des vaccins contre la diphtérie et le tétanos, est-il précisé.

«Ce projet est l’un des plus importants investissements du réseau industriel mondial de Sanofi» de ces dernières années, a souligné dans le communiqué Philippe Luscan, responsable des affaires industrielles du géant pharmaceutique français, dont Sanofi Pasteur est la division vaccins.

Les vaccins pédiatriques et ceux contre la grippe représentaient en 2017 les deux tiers des ventes de Sanofi Pasteur, actuel numéro trois du marché mondial des vaccins, derrière le britannique GSK et l’américain Merck & Co.

Avec 5,1 milliards d’euros de ventes l’an dernier (+8,3% sur un an), Sanofi Pasteur a pesé 14,6% du chiffre d’affaires total de Sanofi.

Cette division comptant plus de 15.000 salariés fabrique plus d’un milliard de vaccins par an contre 20 maladies infectieuses au total, à travers 12 sites de production dans le monde, dont trois en France.

Investissements en série

En octobre dernier, Sanofi Pasteur avait annoncé un autre investissement conséquent, de 170 millions d’euros, pour agrandir son usine de Val-de-Reuil (Eure), spécialisée dans les vaccins contre la grippe.

Depuis 2015 le groupe consacre aussi 250 millions d’euros sur son site de Swiftwater, en Pennsylvanie (nord-est des Etats-Unis), pour y implanter d’ici à 2021 une troisième unité de production de vaccins contre la grippe.

Par ailleurs, entre 2009 et 2015, Sanofi Pasteur a dépensé 350 millions d’euros pour reconvertir son usine chimique de Neuville-sur-Saône (Rhône) en un site de production pour Dengvaxia, son vaccin contre la dengue, le premier au monde à avoir été mis sur le marché à partir de fin 2015.

Cependant Dengvaxia est jusqu’à présent synonyme d’échec commercial retentissant, doublé d’un scandale aux Philippines, où le gouvernement accuse ce produit d’être responsable de la mort de plusieurs enfants qui avaient récemment été vaccinés.

Sanofi réfute tout lien de causalité entre son vaccin et ces décès et reste officiellement «engagé» sur le Dengvaxia, même si le groupe a arrêté sa production en début d’année, en raison d’une montagne de doses invendues.

Aux déboires du Dengvaxia s’est ajouté l’abandon fin 2017 d’un programme de développement avancé de Sanofi Pasteur sur un vaccin contre le Clostridium difficile, une «super-bactérie» résistante aux antibiotiques qui sévit dans les hôpitaux.

Bâtir sur les points forts

Désormais, dans la recherche-développement de Sanofi Pasteur, la priorité est aussi donnée aux valeurs sûres de la division: l’amélioration des vaccins pédiatriques et antigrippaux.

Dans les vaccins pédiatriques, Sanofi Pasteur place notamment beaucoup d’espoir sur un produit innovant co-développé avec MedImmune, filiale du groupe britannique AstraZeneca, visant à prévenir les maladies associées au virus respiratoire syncytial, comme la bronchiolite chez les bébés.

Sur le segment de la grippe, Sanofi Pasteur a consolidé l’an dernier sa part de numéro un mondial (40% de parts de marché) avec l’acquisition de l’américain Protein Sciences pour près de 650 millions d’euros.

Protein Sciences fabrique des vaccins antigrippaux d’un nouveau genre, avec des protéines recombinantes (génériquement modifiées) cultivées dans des cellules d’insectes.

Selon Sanofi Pasteur, ce procédé permettrait de sécuriser la production de vaccins en cas de pandémie, alors que les souches virales des vaccins antigrippaux classiques sont incubées dans des oeufs de poule.

Cette technologie pourrait aussi ouvrir la voie à des vaccins antigrippaux capables d’agir sur un plus grand nombre de souches et sur plusieurs saisons, véritable Graal de la recherche antigrippale.

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Paul Laurent

Rédacteur en chef du site Hyperconnectes.fr spécialiste de l'économie, il est passionné par l'économie et les nouvelles technologies. Il publie des actualités liées à l'économie, la finance et les technologies.