A l’export, le blé français pris en étau entre la Russie et l’Argentine

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Parité monétaire désavantageuse, concurrence agressive de la Russie et de l’Argentine: le blé français lutte pied à pied pour se refaire une place au soleil à l’export, quitte à se vendre à perte.

Après la terrible récolte de 2016, marquée par des volumes en chute libre et une qualité décevante, les cultivateurs français, à l’aune d’une récolte 2017 de meilleure facture, espéraient reconquérir des marchés perdus à l’export par manque de munitions.

«On n’est pas en avance», note Sébastien Poncelet, analyste au cabinet Agritel. Selon les derniers chiffres dont il dispose, à mi-parcours de la campagne 2017-2018, la France a exporté seulement 3,7 millions de tonnes de blé hors de l’Union européenne, pour un objectif d’environ 10 millions de tonnes.

En cause, le «manque de compétitivité du blé français» par rapport au blé russe: «Il faut soit que les concurrents remontent, soit que les blés français baissent pour gagner en compétitivité».

Principale cause, une parité monétaire défavorable: «Aujourd’hui, si on avait (la parité) euro/dollar d’il y a un an, on serait les rois du monde et on serait ultra compétitif», estime M. Poncelet.

«La compétitivité des blés russes est énorme», renchérit Arnaud Saulais, courtier chez Star Supply Commodity Broker en Suisse. Graphique à l’appui, il souligne l’omniprésence des bateaux de la mer Noire dans les achats de l’Egypte, premier importateur d’épis au monde.

«Depuis vingt ans, que ce soit sous Poutine ou Medvedev, la Russie a toujours mis les céréales au coeur de sa diplomatie économique, notamment dans les grandes zones déficitaires que sont l’Afrique et le Moyen-Orient, ce qui explique que la Russie s’est réimplantée comme fournisseur ultra-dominant sur le marché égyptien», confirme Sébastien Abis, chercheur associé à l’Iris, spécialiste des matières premières agricoles.

Traditionnellement, en début de campagne, les Russes vendaient beaucoup car «ils avaient moins de capacités de stockage» et «ils étaient très agressifs». Petit à petit, les Français reprenaient la main. «Cette année, ce n’est pas du tout le cas», constate M. Saulais.

«Pas rentables»

Tous les observateurs s’accordent à dire que la météo clémente cet hiver et des investissements logistiques conséquents ont servi les ports de la mer Noire.

Résultat, la Russie a inondé le marché mondial du blé, exportant 20,7 millions de tonnes de blé entre juillet et décembre, soit un bond de 34% par rapport à l’an dernier, indique le ministère russe de l’Agriculture.

Le retard à l’allumage des exportations françaises a poussé l’organisme public FranceAgriMer à réviser à la baisse une nouvelle fois en décembre l’objectif d’export hors Europe, «face à la compétitivité des origines mer Noire, mais aussi américaines et argentines», de 9,9 à 9,5 millions de tonnes (Mt).

Car le danger ne vient pas seulement de la Russie et de sa production historique, mais également d’outre-Atlantique.

Une fois encore, «les monnaies ne jouent pas en notre faveur», relève Rémi Haquin, président du conseil spécialisé céréales de FranceAgriMer, qui se réunit mercredi.

Selon lui, l’Argentine «est redevenue très agressive depuis qu’avec leur nouveau président (Mauricio Macri, NDR), il n’y a plus de taxes à l’export» pour les céréales.

«Depuis deux ans, il y a un certain retour de la puissance argentine en blé, dans un paysage mondial lourd, puisque la mer Noire produit et exporte de plus en plus», confirme Sébastien Abis.

«L’Algérie devrait importer 6,3 Mt de blé, on compte en faire entre 4,8 et 4,9 au départ de France» en tenant compte de cette concurrence argentine, relativise un haut responsable dans l’export de céréales. Sur le marché stratégique algérien, le premier hors UE pour la France, «on est presque à la moitié de l’objectif, ce qui est à peu près conforme aux autres années», affirme-t-il.

Mais si la France reprend des parts de marché, les paysans français ne s’y retrouvent pas forcément: «ils ont perdu de 15 à 20 euros de prix par tonne en un an, simplement à cause de l’aspect devises», souligne ce responsable, pour qui les prix pratiqués ne sont, pour de nombreuses fermes, «pas rentables».

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